Perdre une guerre contre le fanatisme religieux à cause de son nom, est-ce possible ?

Avant propos du livre Prévention de l’islamophobie et de la fanatisation islamiste (radicalisation), Radix-éditions, 2017

Pierre Claverie définissait le dialogue ainsi : «Le dialogue ne consiste pas à échanger des informations, mais à poser à l’autre et à se poser à soi, des questions radicales.» Pour rester cohérent avec cette définition, parlons donc de radicalisation, de la recherche de la radicalité !

 

On me parle de jeunes « radicalisés ».

Non, ils sont « en dérive » fanatique avec le désespoir comme seul horizon ! Pas seulement à la dérive ! Car, ils ne se laissent pas emporter par n’importe quel vent ou courant… Mais en état permanent de dérive puisqu’ils le veulent !

 

Ils sont complétement perdus. Sans port pour s’attacher. Sans rive pour accoster. Sans phare pour se diriger. Car, endoctrinés, ils ne veulent plus de nos ports. Aveuglés, ils ne voient plus nos phares… Et malheureusement, ils s’isolent, s’enferment, passent et coulent.

Vies définitivement perdues ? Réelle incertitude face à l’échec du curatif. Mais malheureusement certains « radicalisés » font sombrer par leur barbarie tant d’autres existences… Et nous assistons impuissants à la folie qui nous surprend par la cruauté et l’horreur des drames qu’elle provoque sous nos yeux. Folie dont nous tentons de nous protéger par des blocs de béton, à défaut d’une véritable prévention…

Racine, radical, radicalisé, radicalité, radicalisation…, tous ces mots viennent du latin radix qui signifie fondement, base. Or, le sens souvent donné à cette famille de mots s’éloigne de l’étymologie.

Quand on manque de mots pour dire le basculement dans le fanatisme religieux, est-ce une raison suffisante pour détourner le sens d’un mot? Et je vois déjà une confusion qui peut rendre fascinantes les dérives fanatiques en les appelant à tort « radicalisation »…

Dans cette appellation erronée savons-nous qui seraient, au final, les enracinés et les sans racines ? Les engagés dans la vie sociale et ceux qui la méprisent ? Les porteurs de fausses promesses et les semeurs d’espérance ? Les dispensateurs des vérités à tout venant et les humbles chercheurs de cohérence dans leurs idées et entre leurs paroles et leurs actes ?

 

Le seul enracinement est celui qui se fait dans la vie pour la rendre plus joyeuse, plus juste, plus paisible, plus vivable, plus fraternelle, plus intense, plus belle, plus créative, plus artistique, plus humaine, plus solidaire, plus riche en humanité plurielle…

Et la radicalité, c’est la mise en question de ce qui parasite l’élan de vie. Elle ne s’oppose pas à la vie. Elle est de la nature de la vie et son outil aussi ! Car, les fausses greffes, la vie les rejette. Les mal-enracinés, la vie les dessèche. Les incohérents, la vie les balaye. Les fausses promesses, la vie les dissipe au vent.

 

Par le questionnement profond, le pourquoi du pourquoi, la radicalité taille dans les idées, dans les promesses et dans les pratiques afin de renforcer la vie et la révéler encore plus belle et plus savoureuse. Mais la dérive fanatique est une illusion d’idées bâtie sur la haine, le mépris et le complexe de supériorité. Elle ne mène pas à la vie car elle la refuse ! Elle isole ses victimes et elle les conduit à la perdition et à la mort.

 

L’application aveugle d’une loi et la pratique mécanique des devoirs religieux ne sont pas une radicalisation mais une superficialisation de la religion et une épidermisation de la réflexion. Car la loi et la pratique religieuses ne sont pas leurs propres principes, mais s’enracinent chacune dans une autre réalité.

 

Oui ! Ce sont les principes qui permettent à la loi et à la pratique de ne pas être figées et idolâtrées. Si dans la laïcité, c’est la constitution qui prime sur les lois et valide les changements de ses articles, dans le milieu religieux, c’est pareil. A titre d’exemple, il y a plus de 2500 ans, les écrits d’Israël ont défini l’amour de Dieu et du prochain comme principe et fondement de la Loi, tout comme la miséricorde, qui signifie acte de pardon et de charité, pour les devoirs religieux…

Non ! Le retour aux racines n’est pas une plongée dans les certitudes religieuses mais un questionnement de la loi et des pratiques jusqu’à leurs principes, jusqu’à leurs cohérences avec leurs bases constituantes. Il n’est jamais une application aveugle des préceptes juridiques et des devoirs religieux en ôtant la raison et l’esprit critique ! Et utiliser d’une manière erronée le terme « radicalisation » islamique parasite le travail des penseurs de l’islam pour définir définitivement et officiellement le principe de la Charia et le sens explicite de leurs pratiques religieuses afin de pouvoir les adapter et les faire évoluer si besoin.

Etre « en dérive » fanatique, n’est donc pas un questionnement radical. Au contraire, c’est se remplir de certitudes. C’est être fan d’une idole. C’est tomber dans l’idolâtrie et déclencher chez le fanatique des passions qui peuvent balayer son sens critique.

Le comble du désastre c’est de voir quelqu’un accuser les autres d’être idolâtres alors qu’il est entièrement dans un processus d’idolâtrie, mais qui est nommé à tort « radicalisation » et qui le rend fier de son acte !

Non, fanatisme et radicalisation sont deux chemins radicalement opposés. Ne nous trompons pas de sens ! L’erreur pourrait être radicalement fatale ! L’enjeu n’est pas celui d’une bataille mais d’une guerre !

 

Je termine par une question. Qu’appelle-t-on le processus qui rend quelqu’un volontairement sourd à tout dialogue, animé par un zèle aveugle et en tenant des propos incohérents ?

Ne cherchons pas trop. La bataille est ailleurs. Osons utiliser un mot plus juste : fanatisation.

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